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Le jeune espoir
du demi-fond français est un athlète
insaisissable, quasi injoignable au
téléphone. Plus par tempérament que par
volonté, le fruit de l’insouciance que sa
jeunesse lui autorise. Autant dire que
lorsque nous avons aperçu Pierre-Ambroise
Bosse accoudé à une barrière lors du
meeting de Montgeron, auquel il assistait
en spectateur, nous n’avons pas laissé
filer l’occasion. L’athlète de l’UA
Gujan-Mestras, entraîné par Bruno Gajer à
l’Insep, arborait forcément un grand
sourire. Il est en effet descendu pour la
première fois de sa carrière sous les
1’46, en remportant vendredi la course B
du meeting Diamond League de Doha (Qatar)
en 1’45’’69. Le jour de l’anniversaire de
ses vingt ans. Il est désormais à moins
d’une demi-seconde des minima pour les
Jeux olympiques de Londres.
Athle.fr :
Pierre-Ambroise, vous explosez votre
record personnel dès votre première course
de l’année…
Pierre-Ambroise Bosse :
Il ne fallait pas que je me dégonfle. Si
je ratais ma course, toutes les portes se
refermaient. J’ai morflé plus que tout. On
ramasse à chaque fois lors d’une rentrée
sur 800 m. Avant Doha, j’avais juste couru
un 600 m en guise de test, bouclé en
1’16’’89. Je savais que j’avais la forme.
J’étais parti pour accrocher un bon
chrono, proche de mon record (1’46’’18 en
2011). Mais, encore deux heures avant ma
course, je ne savais pas qui serait au
départ. Le stress s’est évaporé pendant
les lignes droites avant le 800 m.
Ce double tour
de piste s’est déroulé comme dans un
rêve ?
J’ai suivi le lièvre en me plaçant en
quatrième position. Il y a eu un très gros
ralentissement au 400 m. J’ai donc pris
mes responsabilités en passant devant aux
cinq cents mètres. J’ai mis une énorme
boîte. J’ai vu le temps de passage au 600
m : 1’18’’25. J’ai alors cru que je ne
pourrais pas faire mieux qu’1’46. Je
pensais seulement au chrono, pas à la
place. Les derniers deux cents mètres ont
été « lactiques ». J’ai fini à la bagarre
et j’ai gagné avec un centième d’avance
sur le deuxième. Pour être franc, je n’ai
pas été bien de bout en bout. Je n’ai
couru qu’au mental. Après la course, j’ai
souffert pendant une heure et demi.

Que représente
pour vous ce chrono de 1’45’’69 ?
Ca y est, j’ai passé la barre des 1’46 !
C’est un gros point positif. Je suis très
content. Je n’ai plus de barrières
mentales. Ce chrono est très prometteur
pour la suite. Je peux envisager les
minima pour les J.O. Je ne peux plus me
défiler. Ma prochaine course sera à Rabat
(le 27 mai).
Les minima pour
les championnats d’Europe, c’est important
?
C’est un passage obligatoire. Mais le but,
c’est de faire moins de 1’45. Je l’ai
annoncé depuis plusieurs mois. Je sais que
ça va venir. La différence, c’est qu’avant
j’espérais alors que, maintenant, je sais.
Mais même si je suis qualifié pour les
Jeux, je participerai aux championnats
d’Europe. Ce sera l’occasion de découvrir
un grand championnat chez les seniors.
Doha était
votre première participation à un meeting
Diamond League. Comment avez-vous vécu
cette expérience ?
Cela m’a fait vraiment bizarre de me
retrouver à l’échauffement avec des
athlètes comme Asafa Powell et Allyson
Felix. Mon cœur battait plus fort que
prévu. Je ne m’y attendais pas. En fait,
ça me faisait tout drôle de me dire que je
participais au même meeting que ces
champions, même si j’étais en course B.
Quelles sont
les raisons de votre progression dès votre
première course de la saison ?
J’ai progressé dans tous les secteurs :
que ce soit le travail spécifique 400 m,
800 m et 1500 m ou bien l’aérobie. Les
temps sont meilleurs et la foulée aussi. A
dix-neuf ans, on n’est pas encore au top.
Je me suis beaucoup plus entraîné cette
année. Je me prépare comme un senior et je
ne regrette rien. Si je peux être un
champion à vingt ans ou vingt-et-un ans,
je signe le contrat tout de suite ! |